Fortunes de mer

Publié le par Itsas Begia

Fortunes de mer

Saint-Jean-de-Luz : « Fortunes de mer », les infortunés de la baie

En 1968, victime d’une avarie en mer, le bateau grec « Enarxis » s’échoue sur la Grande plage avec sa cargaison de maïs.


La baie, longtemps refuge privilégié des marins n’est pas qu’hospitalière. Les échouements de mars l’ont rappelé. Plusieurs épisodes du genre ont marqué son histoire.

Le danger en mer, c'est souvent la côte. La rade de Saint-Jean-de-Luz a maintes fois servi de refuge par le passé aux bateaux en chemin vers le port de Bayonne. Mais elle a montré, avec les échouements du « Cintharth » et de la barge de l'armateur Aldamiz le 4 mars dernier qu'elle n'était pas toujours si hospitalière.

Pour le permanent de l'association d'Itsas Begia, Christian Ondicola et son coprésident, Michel Pery, ce type d'événement n'est pas tout à fait surprenant. L'histoire locale est en effet émaillée de ces « fortunes de mer » - naufrages ou échouements - aux abords du port luzien. L'association les recense actuellement en vue d'en faire un livre (lire par ailleurs). Ils furent nombreux, car jusqu'à l'amélioration de l'entrée de l'Adour, le repli dans les eaux luziennes était monnaie courante.

Plus près de nous

Un des derniers épisodes du genre a eu lieu en décembre 1968. Victime d'une avarie en mer, en passe de sombrer, un bateau grec baptisé « Enarxis » avait passé l'Artha et s'était échoué sur la Grande plage. Les deux passionnés d'Itsas Begia en ont un souvenir précis. « Il était chargé de maïs. Il y en avait partout sur la plage et des camions venaient le ramasser », se souvient Michel Pery. Mais cette funeste année 1968 fut surtout marquée par le drame de « L'Épervier ». Les bateaux rentraient tous au port un matin de mars, lui en dernière position. Victime d'une panne, le thonier s'est retrouvé projeté contre les blocs de l'Artha. Quatre pêcheurs y laissèrent la vie et une communauté meurtrie par le chagrin.

Certains événements comme celui-ci sont restés dans les mémoires, d'autres se sont effacés. « On s'aperçoit que c'est surtout quand il y a des pertes locales que ces histoires se transmettent. » Ou quand les protagonistes célèbres…

Le naufrage de l'Impératrice

S'il est un naufrage luzien qui fut les gros titres de la presse de l'époque, ce fut celui du 3 octobre 1867. Et pour cause, le gratin du gratin se trouvait à bord : l'impératrice Eugénie et son fils. « C'est après ce naufrage que l'Impératrice a offert en remerciement l'ex-voto de l'église de Saint-Jean-de-Luz », note Christian Ondicola.

En ce début d'automne, de retour d'une excursion à Fontarabie, sur « Le Chamois » les précieux passagers sont en route vers Biarritz lorsque la mer commence à grossir.

Le commandant d'Ariès décide de les débarquer dans le port de Saint-Jean-de-Luz. La nuit est déjà noire lorsque la Cour monte à bord du canot qui doit les conduire à terre. Dans le rapport qu'il fera ensuite d'Ariès explique qu'il choisit comme pilote un pêcheur de Ciboure le « sieur Larretché », « homme de la localité, inspirant toute confiance ».

Mais l'embarcation manque l'entrée du port et s'échoue « sur des rochers à droite. » Les passagers sont portés à terre dans l'eau peu profonde. L'impératrice plaisante même de la mésaventure. Ce n'est qu'ensuite qu'on s'aperçoit de la disparation du pilote, tombé au moment de la collision. Son corps est retrouvé une heure plus tard. Il laisse une veuve et sept enfants. Pour marquer sa reconnaissance, l'Impératrice versera une rente aux enfants Larretché et assurera leur éducation.

Deux vapeurs en une nuit

Le double du « Cintharth » et de la barge « Excavadora Aldamiz » a aussitôt évoqué à Michel Pery un autre épisode du genre. Immortalisée en 1890 par le photographe Jean-Ladislas Konarzewski, l'événement est resté dans les annales. Les vapeurs « Ville-de- Paris » et « Ville-de-Bordeaux », fendus sont couchés sur le sable de la Grande plage. Ils se sont réfugiés dans la baie lors d'une épique tempête.

Sous les assauts des vagues, la coque d'un des deux s'ouvre. « Le capitaine se décide à aller l'échouer sur le sable, mais au passage, il arrache les ancres de l'autre. » La nuit suivante, le voilier « Sarcelle » se retrouve à son tour jeté près des vapeurs. Le contexte diffère bien sûr avec le scénario du 4 mars dernier, « mais c'est cette simultanéité des échouements qui m'y ont fait penser. »

En 1968, victime d’une avarie en mer, le bateau grec « Enarxis » s’échoue sur la Grande plage avec sa cargaison de maïs.

Article Publié le 23/03/2015 dans le journal Sud Ouest

Appel à mémoire :

"Regard sur le patrimoine maritime basque" ( aux éditions Kilika, 15€ ), le premier ouvrage réalisé par l'association Itsas Begia en collaboration avec le musée d'Aquitaine vient à peine de paraître qu'il est déjà presque épuisé et en cours de réédition.

Portée par cet engouement, l'association patrimoniale maritime de St jean de Luz / Ciboure qui se donne pour objet de transmettre ses connaissances au grand public, a décidé de se lancer dans une nouvelle aventure éditoriale.Elle espère pouvoir sortir de nouveau un livre d'ici deux ans sur la thématique des naufrages et autres fortunes de mer qui ont marqué au fil des décennies l'histoire portuaire locale.

Dans le cadre des ses recherches, l'association lance un appel à contributions. Elle est en quête de témoignages, de photographies ou autres documents en lien avec ce thème.

Renseignements au 0559474802 ou par mail à " itsas.begia@orange.fr "

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