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L'association Jakintza a déniché sur un site de vente aux enchères par Internet un drapeau dérobé au fort par les Anglais lors des combats de 1813. Elle a raflé la mise.
Claude Louvigné n'est pas peu fier de sa trouvaille. Le secrétaire général de l'association de férus d'histoire locale Jakintza, déballe avec un soin tout particulier la relique arrivée du Royaume-Uni voilà une quinzaine de jours. Un morceau de drapeau français élimé, vieux de plus de deux siècles. Et pas n'importe quel drapeau.
Les fibres distendues de la grossière étoffe portent le poids des ans, et surtout, de celui d'une histoire qui va bien au-delà du local. La nature du tissu, protégé dans un cadre de verre, et la très ancienne inscription en anglais qui l'accompagne, ne laissent guère de doute aux passionnés de Jakintza : le drapeau chapardé par l'ennemi d'alors vient d'ici.
Réunion. Jakintza prépare les festivités du bicentenaire de la bataille de la Nivelle (de septembre au 11 novembre 2013). Ceux qui veulent participer, et/ou ont des idées sont conviés à une réunion le 9 décembre à 18 heures à Béthanie (route d'Olhette). L'association prévoit déjà de remettre en état les redoutes, des reconstitutions historiques en tenue, du tir aux armes anciennes, des randonnées historiques, des expositions, des interventions dans les écoles, des conférences, des repas d'époque et des animations dans toutes les communes de la communauté de communes.
Claude Louvigné décrypte les pattes de mouches délavées. C'est ce qui vaut et a valu à l'objet toute l'attention de Jakintza, lors de la découverte de son existence sur un site de vente aux enchères sur Internet. « Ce drapeau a été capturé par le capitaine Heron au fort de Socoa (Espagne) le 11 novembre 1813 », traduit-il.
« Erreur compréhensible »
« L'erreur de pays est compréhensible. À l'époque la notion de frontière était rendue un peu floue par les batailles successives », note Guy Lalanne, le président de Jakintza. De quoi achever de le convaincre, lui et ses compères, de l'authenticité de l'achat. De quoi présenter aussi un bel objet historique, lors des festivités du bicentenaire de la bataille de la Nivelle (lire par ailleurs).
Le drapeau, aurait donc été pris au lendemain de la défaite des troupes françaises contre celles de la coalition anglo-hispano-portugaise, lors de la guerre d'indépendance espagnole. Les semaines précédentes, de déroutes en déroutes, l'occupant napoléonien avait fini par reculer, puis par repasser sa frontière, se faisant copieusement massacrer au passage.
Le 7 octobre 1811, la coalition menée par le général britannique Wellington passe la Bidassoa. « L'objectif des Anglais, était de prendre ensuite la Nivelle. Et ils voulaient le faire par la Rhune », souligne Guy Lalanne sans perdre le drapeau de vue. Le 10 novembre, ils lancent deux attaques de diversion, par la corniche et par la mer, face à des troupes françaises très diminuées qui se laissent prendre au piège. Pendant ce temps 40 000 Anglais attaquent par la Rhune. Le jour même, les troupes napoléoniennes repassent la Nivelle. C'en est fini des Français. La brèche est ouverte. Les Anglais iront jusqu'à Toulouse avant la capitulation française au printemps suivant.
Peut-être du sang…
« Le 11 novembre, Wellington installe son état-major à Saint-Jean-de-Luz, rue Mazarin. Les Anglais prennent le fort de Socoa, ce qui signifie qu'ils ont dorénavant la maîtrise du port. C'est un moment crucial des combats et c'est à ce moment-là qu'ils ont pris le drapeau. »
Les membres du bureau de Jakintza supposent que le tissu a été déchiré puis partagé entre les officiers. Claude Louvigné désigne une tâche brunâtre, grosse comme une pièce d'un euro, sur le bleu passé du textile. « C'est peut-être bien du sang… » Du sang d'il y a 200 ans… Quel parcours a suivi l'objet pendant tout ce temps ? Mystère. Celui qui a participé aux enchères sur Internet avec l'aval du bureau de l'association et de son trésorier Jean-Michel Sallaberry, sait simplement que la vendeuse était une professionnelle et qu'elle a récupéré le drapeau dans un lot d'objets militaires anciens.
Les enchères duraient 15 jours. Elles ont commencé à 15 euros. « On s'était donné jusqu'à 1 000 euros, racontent les membres du bureau de Jakintza. Une minute avant la clôture, c'était à 1 090 euros. On en a parlé, et décidé de tenter le tout pour le tout. À chaque fois les gens surenchérissent au dernier moment. Alors à deux secondes de la fin, on a proposé 1 500 euros. Et on l'a eu, finalement pour 1 300 euros. »
Article du journal Sud ouest
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