Etape à St Jean

Publié le par Itsas Begia

Article du journal  paru dans Sud Ouest  le 01/08 :

Saint-Jean-de-Luz (64) : sur la vieille route du minerai de fer biscayen

L’association Itsas Begia organise une reconstitution du cabotage du fer de Biscaye. Hier matin, ils étaient au port de la cité des Corsaires, avant de partir pour Ascain.

Les membres d’Itsas Begia s’activent pour transborder le minerai de fer de la chaloupe Brokoa au couralin à fond plat, qui remontera plus tard la Nivelle en direction d’Ascain.

Les membres d’Itsas Begia s’activent pour transborder le minerai de fer de la chaloupe Brokoa au couralin à fond plat, qui remontera plus tard la Nivelle en direction d’Ascain. (Photo F. L.)

 

Hier matin, une chaloupe chargée de minerai de fer a accosté sur le quai du Maréchal-Leclerc. Elle n’arrivait pas tout droit du siècle dernier, mais de Fontarrabie, où elle avait fait escale la veille. À son bord, les membres de l’association pour l’histoire maritime basque Itsas Begia, qui cherchent à faire connaître une pratique ancienne : le transport du minerai de fer de Biscaye.

« Nous sommes là pour commémorer un usage qui a duré plusieurs siècles », explique Antton Goicoetchea, membre d’Itsas Begia. Du Moyen Âge à la fin du XIXe siècle, des bateaux de pêche étaient utilisés, tous les étés, pour acheminer le prisé minerai de fer de Biscaye jusqu’à la Vallée de la Nivelle.

Depuis quatre ans, les passionnés de l’association organisent une reconstitution de cet acheminement. Samedi, ils sont partis de Portugalete, pour rejoindre Mundaka et le port fluvial de Guernica, puis Fontarrabie et la Vallée de la Bidassoa, avant de faire escale à Saint-Jean-de-Luz, hier.

Transbordement de minerai

Au port de la cité des Corsaires, ils se sont employés à transborder quelques caisses de ce minerai, de la chaloupe à un petit couralin, une embarcation à fond plat. C’est le début de « l’étape fluviale » : le fer doit maintenant être acheminé vers les terres, par la Nivelle, à bord du petit bateau. Le minerai sera ensuite déchargé sur le port d’Ascain, avant d’être transporté vers Urdax dans un char à bœufs.

Et la destination finale n’a pas été choisie au hasard. « Les moines d’Urdax étaient les propriétaires des forges qui commandaient la majorité du fer », raconte Antton Goicoetchea. « 500 tonnes étaient transportées de la sorte, chaque année », poursuit-il. Le fer était ensuite utilisé pour la construction des vaisseaux luziens, mais surtout pour exporter. Le minerai était échangé contre du blé. « Il y avait une quinzaine de forges dans la Vallée de la Nivelle », rappelle l’amateur d’histoire maritime.

La chaloupe à bord de laquelle ces passionnés voyagent a été construite en 1991, selon un plan datant de 1878. Elle a été nommée « Brokoa », qui signifie « fou de Bassan », un oiseau de mer. « À l’époque, il y avait trois personnes à bord de ces bateaux », décrit Gonzalo Duo, membre d’Itsas Begia. « Nous, nous y montons à huit. » « Dans la mer on chante, on boit, on se dispute. On est des vieux petits enfants », sourit-il, avec un accent basque espagnol prononcé. Dans leur répertoire, une veille chanson de pêcheurs intitulée « Haika Mutil », qui signifie « Garçon, au pied ! », indique l’historien avant de la chantonner.

De port en port

En mettant le moteur, la chaloupe se déplace à environ 10 km/h. Mais dans le temps, les marins devaient s’adapter aux aléas du vent. « S’il y avait du vent, on arrivait vite, lance Gonzalo Duo. Sinon, les marins restaient au port et buvaient du cidre ! »

En l’absence de vent, les marins avaient plusieurs combines pour avancer malgré tout. L’une d’entre elle était de se faire remorquer par les trainières de pêcheurs, qui faisaient régulièrement la course. L’autre, bien connue, est le halage : le bateau était tiré depuis le port par des hommes à terre.

C’est avec un plaisir non dissimulé que les membres d’Itsas Begia vont de port en port pour faire connaître l’histoire locale. « C’est extraordinaire, s’enthousiasme Gonzalo Duo. On nous reçoit à bras ou- verts dans tous les ports ! » On devine aisément que Brokoa n’est pas prêt d’échouer dans un musée.

Publié dans 2013

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