Patchiku ... le retour !

Publié le par Itsas Begia

Le père et le fils Marin ont redonné une seconde jeunesse au « Patchiku », construit en 1959 par l'arrière grand-père et le grand-père.

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PHOTO RAPHAËLLE GOURIN 

 

On évite de demander au premier étudiant de première année de médecine venu de se faire opérer d'une valve du cœur en pleine rue. C'est à peu près la même chose avec un bateau classé monument historique. Quand on a besoin de ressusciter un des plus vieux bateaux du port de Saint-Jean-de-Luz comme le « Patchiku », on fait appel aux meilleurs pour être certain de le voir flotter un jour à nouveau. Et « les meilleurs », ce sont les Marin, charpentiers de marine de génération en génération du côté de Ciboure, quartier Marinela.

« J'aurais pu le faire restaurer en Espagne, mais le savoir-faire est ici », a tranché le propriétaire du bateau en bois construit en 1959, Philippe Fautous, qui a mis des années (6 ans) pour récolter des fonds nécessaires à sa restauration. Incapable de laisser une page de l'histoire maritime luzienne couler au fond du port, l'ancien matelot, qui a fait ses gammes sur ce thonier-ligneur de 12 mètres, a remué ciel, terre et mer.

Quand on voit le résultat, on se dit qu'il a bien fait de racheter le « Patchiku » en 2005 pour l'euro symbolique. Car au lieu de partir tout droit au cimetière à bateaux, le bijou en bois a pris la direction de l'atelier des Marin, qui manient le rabot, le marteau et la scie comme les chirurgiens le bistouri.

Techniques familiales

Les mains expertes du père et fils Marin ont fait des merveilles depuis plus d'un an. « C'est simple, c'est comme si ce bateau était neuf », estiment Louis et Julien, qui n'ont jamais compté leurs heures sur ce chantier. Les trois derniers mois ont été terriblement chargés pour eux. Difficile de se concentrer uniquement sur la renaissance du « Patchiku » quand tous les propriétaires des bateaux traditionnels du quartier maritime font appel à leur savoir-faire en cas de problème.

Depuis des mois, les Marin (et tous les bénévoles de l'association) n'ont qu'une date en tête : le week-end des 17 et 18 septembre et les Journées du patrimoine. C'est à cette occasion que le « Patchiku » nouveau sera présenté pour la première fois au public. Ils ont mis tout leur cœur pour atteindre cet objectif. Et pas uniquement pour sauver un bateau appartenant au patrimoine local. Car pour les Marin, ce thonier-ligneur c'est aussi un bout d'histoire familiale.

Le père Louis avait à peine 4 ans quand le « Patchiku » (le « Suzanne » à l'époque) a plongé sa coque dans les eaux de la baie pour la première fois. C'était un jour de pluie où l'eau ravinait tellement qu'elle s'était invitée dans l'atelier de Grégoire (l'arrière grand-père) et Kutxo (le grand-père). Pendant toutes ces heures, quand ils ont rénové les bordés, l'étrave, l'étambot, les membrures, les cabelas, la bauquière, les barrots, les élongis, les barrotins et les lattes de ponts, ils ont certainement pensé aux techniques transmises par les anciens.

Ambassadeur du port

Partenaires privés et publics, bénévoles, amis, professionnels du monde maritime : tout le monde s'est jeté à l'eau pour que le « Patchiku » goûte à nouveau aux délices de la baie. Dans un port où on parle plus souvent des bateaux qui finissent à la casse que de ceux qui naissent dans les chantiers maritimes, le retour sur scène du vieux thonier est une vraie bonne nouvelle.

Et même s'il n'est plus là pour ramener du thon rouge à la criée, il est prêt à rendre de fiers services. Encore un moteur et une nouvelle cabine, et le « Patchiku » pourra jouer son rôle d'ambassadeur du port. Ça tombe bien, il a la vie devant lui désormais.

( Article du journal Sud Ouest du 13 septembre ).

 

Publié dans 2011

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