Bateaux de la plaine des sports à Ciboure

Publié le par Itsas Begia

06h00 | Mise à jour : 10h46
Par arnaud dejeans

Ciboure : un vrai constat d'échec

Le « Boga Boga », l'« Euskal Herria » et le « Louis-Léopold » auraient dû vieillir dans un musée. Mais ils ont été détruits la semaine dernière.

Les trois navires de pêche historiques ont été détruits par une pelleteuse, la semaine dernière, à Ciboure.

Les trois navires de pêche historiques ont été détruits par une pelleteuse, la semaine dernière, à Ciboure. (PHOTO A. D.)

Ambiance d'enterrement sur la plaine des sports de Ciboure. Les coques de bateau gisent au milieu des ronces comme des squelettes abandonnés dans le désert. Antton Goicoechea et Dominique Duguet, grands défenseurs du patrimoine maritime et membres de l'association Itsas Begia, ont du mal à supporter la violence de la scène. La pelleteuse, impitoyable et aveugle, détruit tout ce qui ressemble à une carcasse de navire de pêche. Le « Louis-Léopold » trépasse. Puis viennent le tour du « Boga Boga » et de l'« Euskal Herria ».

Les trois thoniers-sardiniers, construits pendant l'âge d'or du port de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure (respectivement en 1950, 1955 et 1956), ne pourront plus jamais « témoigner ».

« Un repaire pour les rats »

Véritables joyaux des mers, sortis des chantiers de Ciboure (Marin), Socoa (Hiribarren) et Mundaka, ils ont sombré définitivement la semaine dernière. « La présence de ces bateaux devenait dangereuse. C'était un repaire pour les rats, et les enfants risquaient de se blesser malgré la présence des barrières », explique Henri Anido. Cet élu cibourien délégué à la Mer a aussi du mal à cacher sa tristesse, lui qui a navigué sur un des bateaux au début de sa carrière.

Comment ces trois pépites, qui font partie du riche patrimoine historique local, ont-elles pu être broyées en mille morceaux ? « Les coques étaient tellement abîmées qu'on ne pouvait plus les sauver. C'était irrémédiable », soupire l'actuel coprésident d'Itsas Begia, Jean-Claude Fernandez, qui refuse de tourner autour du pot : « C'est un véritable constat d'échec, aussi bien pour notre association que pour les collectivités ».

Un naufrage auquel a échappé il y a quelques mois le « Patchiku », vieux thonier de 1959 complètement refait à neuf grâce à l'argent d'un mécène privé (Philippe Fautous) et à l'énergie de l'association de sauvegarde de ce navire.

Itsas Begia, qui a relevé tant de défis jusqu'ici, n'a pas réussi à mener ce projet jusqu'au bout. « Nous avons stocké ces trois bateaux en 1992 sur ce terrain de la plaine des sports à Ciboure en attendant un transfert dans un abri puis dans un musée. Mais ce dernier projet n'a jamais vu le jour », explique l'association. Et les coques ont subi les affres du temps.

Les membres d'Itsas Begia ne veulent pas polémiquer. D'ailleurs, ils remercient la mairie de Ciboure de s'être occupée de la destruction de ces carcasses de navire. Mais ils ont du mal à cacher leur amertume. « En vingt ans, et ce malgré la création de "l'association de préfiguration du conservatoire du patrimoine et de la culture maritimes locaux", aucun conservatoire n'a jamais vu le jour », regrette Antton Goicoechea, en récupérant quelques échantillons de coque rivetée. Les trois témoins de l'histoire du port de Saint-Jean-de-Luz et de la pêche basque devaient terminer leur carrière dans un musée ou un conservatoire. Faute de projet, ils sont tombés en lambeaux.

Itsas Begia aurait pu baisser les bras et ouvrir la boite à critiques. Au lieu de ça, l'association voudrait que ce funeste épisode serve d'électrochoc : « Il faut tourner cette page. Mais le projet de musée ne doit pas tomber définitivement à l'eau. La communauté de communes vient de racheter le fort de Socoa. C'est une formidable opportunité. Nous sommes tout à fait prêts à collaborer pour créer un espace patrimonial dans une partie du fort. »

Il y a quelques jours, une lettre a d'ailleurs été envoyée par Itsas Begia à tous les maires de la communauté de communes. Une demande qui fera, il faut l'espérer, davantage de bruit qu'une pelleteuse en train de détruire une vieille coque de bateau de pêche.

( article du journal Sud Ouest du 16 juillet )

Publié dans 2012

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